Intelligence artificielle et gestion des finances des organisations en Afrique subsaharienne : opportunités, risques et enjeux de gouvernance
Mots-clés:
Intelligence artificielle, Gestion financière, Afrique subsaharienne, Gouvernance algorithmique, Inclusion financièreRésumé
L'intelligence artificielle (IA) occupe désormais une place centrale dans la transformation des pratiques managériales à l'échelle mondiale. En Afrique subsaharienne, son déploiement progressif s'inscrit dans une dynamique plus large de transition numérique, portée par l'entrepreneuriat technologique, la digitalisation des services financiers et la quête d'efficience organisationnelle. Parmi les fonctions les plus affectées, la gestion financière constitue un pilier stratégique de la gouvernance d'entreprise et de la pérennité organisationnelle.
Dans un contexte africain structurellement marqué par la prépondérance des petites et moyennes entreprises (PME), la persistance d'une économie informelle et la fragilité relative des dispositifs de contrôle interne, l'IA se présente à la fois comme un vecteur de modernisation et une source de nouvelles vulnérabilités. Cet article s’interroge sur la question suivante : dans quelle mesure l'intelligence artificielle transforme-t-elle la gestion des finances des organisations en Afrique subsaharienne, et sous quelles conditions son adoption peut-elle constituer un levier de performance durable et de bonne gouvernance, plutôt qu'un facteur aggravant de fragilité organisationnelle ?
Adoptant une posture épistémologique positiviste aménagée et une démarche mixte, cette recherche s'appuie sur une enquête par questionnaire conduite auprès de 78 professionnels exerçant des fonctions financières en Afrique subsaharienne, complétée par une analyse qualitative des réponses ouvertes et une revue systématique de la littérature. Les résultats révèlent que si la notoriété de l'IA est largement répandue (91 %), son adoption opérationnelle demeure embryonnaire (25 %). Les usages observés, concentrés dans les fonctions comptables, prévisionnelles et de contrôle interne, témoignent d'une transformation essentiellement procédurale plutôt que stratégique. Par ailleurs, l'absence de cadres formels de gouvernance (80 % des organisations) et les insuffisances de compétences (45 %) exposent les organisations à des risques non maîtrisés. L'analyse inférentielle ne révèle, dans cet échantillon, aucune association statistiquement significative entre l'adoption et les variables organisationnelles classiques — taille, chiffre d'affaires, expérience —, suggérant une diffusion encore opportuniste et non institutionnalisée.
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